Je vous parle d’une philosophie qui pourrait rendre votre vie incroyablement plus simple, et constructive à la fois.

J’ai passé toute mon enfance dans un appartement en déménagement. Enfin, ça, c’est ce que croyaient les gens qui venaient chez nous.

Il fallait les comprendre : l’appart était rempli de cartons, de piles de dossier, de feuilles volantes, et d’objets d’art en tout genre. Bref, c’était le bordel.

Pourtant, nous n’avons jamais eu l’intention de déménager. La raison à ce foutoir, c’était l’incontrôlable besoin de mon père de tout conserver. De l’objet kitch acheté il y a trop longtemps aux quotidiens encore sous plastique de la décennie précédente. Aucune pièce n’était épargnée. Le salon, reconverti en bureau, demandait une grande agilité pour le traverser sans se prendre les pieds dans une pile de dossiers.

Aujourd’hui, on considère cette manie de tout garder comme une pathologie. On lui a même donné un nom : la syllogomanie.

Parce que la mode est de considérer comme maladie tout comportement qui ne rentre pas dans la norme, mon père serait-il malade ? Un malade qui se complairait dans sa maladie.

Syllogomanie

Je vous rassure, ce n’est pas chez moi 😉

En fait, il y a une raison logique derrière tout ça. J’appelle ça la valeur accordée au temps. Certains trouvent la vie trop longue. Ils font en sorte de la raccourcir en ignorant leur santé, et en essayant de combler leur ennui. D’autres trouvent la vie trop courte. Ils essayent de bâtir des choses, et d’en conserver la trace.

Garder une trace, c’est accorder de la valeur au temps qui nous est accordé, et essayer d’en faire quelque chose. Garder une trace, c’est aussi accepter son passé pour mieux progresser. C’est percevoir la vie comme une évolution, et non comme une succession d’événements sans lien les uns avec les autres.

Garder une trace de sa vie, c’est respecter la vie en elle-même.

À cet instant, vous devez vous dire : “OK, je dois tout garder. Mais qu’en est-il du minimalisme ?”

Le minimalisme, c’est génial. Ça vous permet de vous sentir libre. Libre de penser, de créer, ou de tout quitter. Vivre dans un espace aéré et non encombré, c’est tout simplement VITAL.

Mais alors, comment conjurer une syllogomanie positive avec un mode de vie minimaliste ?

Ça parait dingue, mais c’est possible. C’est ce que j’essaye de faire depuis des années. Ce que vous pouvez faire aussi. Et les nouveaux outils technologiques vont vous aider.

Étape 1 : faire le ménage

Pour reprendre une expression pas toujours bien employée, il faut passer tout ça au Karcher. Tout ça, c’est tout ce qui entoure votre quotidien. Il faut nettoyer. Filtrer. Ne garder près de soi que ce qui est indispensable.

Le ménage se fait dans vos objets. Vos vêtements, vos meubles, et les babioles qui trainent sur vos étagères.

Quand j’étais petit, j’adorais acheter des babioles. Des babioles dont je n’avais absolument pas besoin et que je laissais tomber après quelques jours. Par exemple, et c’est véridique, je me souviens avoir acheté un lave-pare-brise (je précise que personne n’a de voiture dans ma famille), un arbuste que j’ai laissé mourir dans un coin de ma chambre, ou encore un ballon géant pour faire du fitness qui a détruit environ 2/3 de ce qu’il y avait dans ma chambre. J’ai encore des épines de cactus plantées dans le tapis…

Un jour, j’en ai eu marre. J’ai pris une douzaine de sacs-poubelle et j’ai tout viré. Puis j’ai déménagé. Aujourd’hui, je fais attention.

Faire le vide, c’est déjà réfléchir avant d’acheter. “Est-ce que j’ai vraiment besoin de ce casse-noix à marteau ?” “Est-ce que je vais vraiment utiliser ce punching-ball ?” (oui, tout ça s’est retrouvé chez moi un jour…)

Parfois, il suffit de se poser simplement ces questions pour économiser de l’argent et de l’espace.

Et les souvenirs ?

Quand on parle sentiments, la logique pure et dure devient compliquée à appliquer.

Conservez les objets qui sont liés à des moments importants de votre vie. Inutile de tout garder, mais juste sélectionner un objet symbolique de chaque période, et le conserver. Vous n’êtes pas obligé de les garder chez vous. Vous pouvez les confier à vos parents (s’ils sont d’accord !), les mettre au grenier, dans une maison de campagne ou même dans un local que vous consacrerez à cela.

Pour ma part, j’en garde un peu chez moi. Mais la plupart sont dans la maison de campagne familiale. Je préfère retrouver mes peluches dans 20 ans en fouillant dans le grenier plutôt que de les voir tous les jours sur ma cheminée.

Étape 2 : tout numériser

Autant cela fait sens de garder des objets qui nous tiennent à coeur, autant il n’y a aucun intérêt à garder des piles de dossiers et de factures dans tous les coins.

À l’heure du numérique, tout ce qui peut être numérisé doit être numérisé.

Les photos, les vidéos, les documents, les musiques…

Internet vous offre la possibilité de tout stocker, tout classer, et pour toute la vie. C’est une chance inouïe !

Si ce n’est pas encore fait, il est temps d’organiser votre vie en ligne, et de supprimer une bonne fois pour toutes ces 150 dossiers qui trainent sur le bureau de votre ordinateur.

Commencez par scanner tous vos documents papier. Vous pourrez ensuite jeter tous ceux que vous n’avez pas besoin d’avoir en original. En vous débrouillant bien, il ne devrait vous rester qu’un seul dossier, dans lequel seront rangés uniquement vos documents les plus importants (brevets, diplômes, permis…).

Si vous avez des cartons entiers de dossiers papier, cela risque de prendre du temps. Vous pouvez utiliser l’application Scannable, ou ce scanner ultrarapide conçu pour Evernote. Ces 2 solutions sont pour moi les meilleures.

Mais que faire après avoir numérisé ?

Étape 3 : Stocker dans le cloud

Le numérique a été une révolution dans les années 2000. Aujourd’hui, la révolution, c’est le cloud.

Pourquoi ? Parce qu’avec le numérique, nous avons commencé à accumuler quelques Gigaoctets. Puis, quelques dizaines, centaines de gigas. Maintenant, il n’est pas rare d’avoir plusieurs Teraoctets de photos, vidéos, musiques, qu’on ne sait plus où stocker.

Bien sûr, il y a les disques durs externes. Mais c’est prendre le risque de le perdre, de l’abimer, ou de se le faire voler, le tout pour une expérience utilisateur désastreuse. Je ne sais pas vous, mais je n’ai pas envie d’aller chercher un disque dur pour retrouver mes photos de 2012.

La solution, c’est le cloud. Malgré tout ce que vous disent les journalistes français (qui ne cherchent souvent même pas à comprendre la technologie) sur la menace qui plane sur votre vie privée, le cloud reste l’un des moyens les plus sûrs de stocker ses données. Alors, bien sûr, vous prenez le risque de vous faire pirater. Mais en choisissant les bons services et en utilisant les bonnes protections, comme un mot de passe solide et l’authentification en deux étapes, les risques sont vraiment minimes.

Mettre ses données dans le cloud, c’est un peu comme mettre son argent à la banque. Il y aura toujours des sceptiques qui préfèreront mettre leurs économies dans leur matelas, plutôt que de faire confiance à de grosses sociétés. Mais s’il y a un incendie ou un cambriolage, je préfère faire confiance à ma banque.

Le cloud, c’est aussi un moyen beaucoup plus simple de stocker ses données. Elles seront classées, et accessibles depuis n’importe où. Alors, quels services choisir ?

Les documents sur Evernote

Evernote est un outil extraordinaire pour gérer sa vie sans papier.

Devenir “paperless”, c’est possible. Il vous suffit de créer un compte gratuit sur Evernote, de télécharger le logiciel pour Mac ou PC, les applications pour iPhone ou Android, et de créer quelques carnets.

Vous n’aurez ensuite qu’à “capturer” les éléments (scans de documents, photos, enregistrements audio, notes, tâches…) sans vous soucier plus que ça de l’endroit où vous les rangez. La force d’Evernote, c’est de mettre tous vos documents au même endroit, et de vous permettre de les retrouver à n’importe quel moment, grâce à une fonction recherche surpuissante, qui inclue des variables, et recherche même les mots à l’intérieur des photos.

Dès que je reçois un courrier important, je le scanne avec Scannable, j’ajoute 1 ou 2 tags et je l’envoie dans mon dossier « Référence », avant de jeter le courrier papier à la poubelle. L’opération me prend moins d’une minute, et je n’ai jamais rien perdu depuis 2 ans.

Les photos et vidéos sur iCloud

Si vous utilisez des produits Apple, iCloud photos va vous changer la vie. Disponible sur iPhone, iPad, Mac, Cloud et même PC, le service s’occupe de tout.

Chaque photo ou vidéo que vous prenez est immédiatement envoyée sur le Cloud d’Apple. Dans d’immenses fermes de serveurs alimentées à l’énergie solaire, en Californie. Les photos sont synchronisées avec tous vos appareils, et classées par date, lieu (grâce à localisation GPS de l’iPhone), et même selon les personnes présentes dessus (à configurer sur l’appli Mac).

J’ai envoyé les 5174 photos que j’ai prises depuis 5 ans et tout s’est rangé automatiquement. Je peux maintenant retrouver n’importe qu’elle photo, depuis n’importe quel endroit, simplement avec mon iPhone. Je trouve ça génial.

Si vous n’utilisez pas les services Apple, Dropbox Photos propose une solution similaire.

Il y a aussi Google Photos, le service de Google, qui propose des options avancées.

Les musiques sur Spotify

Au même titre qu’Evernote, Spotify a changé ma vie. Avant, j’écoutais peu de musique. Je n’avais pas envie de les télécharger illégalement, et je ne voulais pas non plus payer 1,29€ sur iTunes à chaque fois que je voulais ajouter une musique à ma playlist.

Pour 10€ par mois, Spotify vous offre la possibilité d’écouter n’importe quoi, n’importe quand. Vous entendez une musique qui vous plait à une soirée, il vous suffit de l’identifier en 5 secondes avec Shazam, puis de l’ajouter en un clic à Spotify. Elle va immédiatement se télécharger dans l’appli, et vous pourrez l’écouter en rentrant chez vous. C’est aussi simple que ça.

Si vous aimez la musique mais que vous n’aimez pas vous compliquer la vie, Spotify ou Deezer sont incontournables.

Ces outils peuvent paraitre anodins, mais ils sont de véritable game-changers. Je suis passionné par les technologies qui sont utilisées avec sens pour rendre la vie plus facile. Ce n’est pas un délire de geek. C’est le principe du progrès, et même de l’évolution. On se débarrasse du superflu, et on optimise l’utile pour gagner de temps et vivre mieux.

En devenant un “syllogomaniaque minimaliste”, vous appliquez en même temps ces deux principes du progrès. Vous supprimez le superflu pour vous recentrer sur l’essentiel, en éliminant tous les supports physiques inutiles de votre lieu de vie.

Et, en même temps, vous conservez tout ce qui est important à portée de main, dans le cloud. Ce qui vous permet de gagner du temps et de vivre mieux.

Les nouvelles technologies ont apporté leur lot de problèmes : dépendance, solitude, perte des repères…

C’est vrai que le brouhaha ambiant et souvent nauséabond des réseaux sociaux, que l’addiction à notre smartphone et à ses notifications, que le besoin de partager sa vie virtuellement au lieu de la vivre réellement nous empoisonne.

Mais, si l’on réfléchit bien, personne ne nous oblige à aller sur Facebook tous les jours, à activer les notifications de notre smartphone ou à envoyer une photo de nos pieds sur Snapchat.

Ne laissons pas ces outils prendre le contrôle sur nous. Prenons plutôt le contrôle de ces outils et utilisons-les pour nous simplifier la vie. Soyons des syllogomaniaques minimalistes.